Les six balances économiques 
Les balances budgétaires canadiennes et québécoises
La balance des paiements canadiens 

L'actualité est pleine de "balances" déficitaires et de déficit. Essayons d'y voir clair. Il y a deux grandes sortes de "balances". Il y a la "balance" du budget, ou "balance" budgétaire, dont la somme des déficits des dernières années nous donne cette énorme dette du Canada et du Québec, qui fait des québécois les gens riches les plus endettés de la planète. La particularité de la "balance" budgétaire est de n'avoir pas de fonds, c'est-à-dire qu'en théorie, un pays peut faire tous les déficits qu'il veut sans que personne ne puisse l'en empêcher. En effet, les législateurs qui votent des lois anti-déficit sont les mêmes qui votent les budgets déficitaires. Alors...

Il y a aussi les autres "balances", lesquelles font partie de la balance des paiements; celle-ci comptabilise les transferts monétaires entre notre pays et les autres pays. Dans ce cas, la somme des balances des paiements de l'univers est neutre, les surplus des uns compensant pour les déficits des autres, hormis les erreurs statistiques et le marché "noir", comme la drogue et le blanchiment international des capitaux.

Voyons donc successivement ces deux sortes de "balances" et soyons surtout comment elles se sont comportées depuis quelques décennies au Québec et au Canada.

Les balances budgétaires canadiennes et québécoises

Je vous présente maintenant les balances canadiennes et québécoises relativement au budget depuis la révolution tranquille.

Le changement majeur survenu au Québec a été la fin du règne duplessiste; après les cent jours de Paul Sauvé et l'intermède de Barette, ce furent le gouvernement Lesage et la révolution tranquille. Les données montrent très bien l'augmentation du déficit québécois à partir du début des années 1960.

Les dépenses de la révolution tranquille ne se firent pas avec des prières, mais avec des emprunts, souvent à l'étranger. C'est le Québec (gouvernement et Hydro), sous Lesage, et la ville de Montréal, sous Drapeau, qui firent les premiers emprunts en devises étrangères dans les années '60 pour financer les premiers investissements publics majeurs de la révolution tranquille. Ce sont ces derniers qui ont changé et modernisé le Québec que nous connaissons actuellement.

Pendant ce temps, à Ottawa, c'était "business as usual". La révolution tranquille n'a pas atteint la bureaucratie canadienne. L'Ontario était contrôlée par la "Big Blue Machine" de Robarts...

Et le Canada était revenu sous la férule des libéraux après les quelques années du règne de Diefenbaker.

Cependant, là aussi, les choses allaient changer rapidement. En même temps que Persons laissait sa place à la trudeaumanie, le chômage doublait en moins de cinq ans (1966-1970) et, après les extravagances du FLQ et des mesures de guerres, le Canada changeait sa politique économique pour essayer de s'attaquer au chômage dès novembre 1970.

Les années suivantes nous montrent les premiers déficits fédéraux supérieurs à un milliard de dollars, ce que la province de Québec connaissait déjà depuis quelques années déjà. Les déficits fédéraux continuèrent d'augmenter, plus ou moins régulièrement selon l'allure des ministres des finances et suivant la conjoncture. Nous en arrivâmes ainsi aux supers déficits des années 1980, dans la deuxième partie du règne de Trudeau, sous Lalonde et Chrétien comme ministre des finances. Ces déficits n'ont jamais été dépassés depuis lors, même durant la dernière récession de 1990-91, telle que gérée par les conservateurs de Mulroney. Et ils diminuent depuis lors, plus rapidement depuis la prise en main par Martin. On peut penser que le déficit fédéral disparaîtra totalement durant les prochaines années, du moins dans sen aspect besoin de financement.

Quant au déficit québécois, étant financé directement sans l'aide de la Banque du Canada, il a dû être maintenu à des niveaux plus raisonnables, son maximum étant atteint sous la férule, ou la main douce de Bourassa-Bourbeau, juste avant la prise du pouvoir par Parizeau.

La balance des paiements canadiens

Comme le Québec n'est pas encore un pays, il n'y a qu'une seule balance des paiements, celle du Canada. La balance des paiements se divise en deux niveaux:
  1. la balance courante et
  2. la balance du capital.
La balance courante est elle-même divisée en:
  1. balance commerciale et
  2. balance des invisibles.
Ainsi, la balance commerciale comptabilise les paiements des exportations, moins les paiements des importations. La balance des invisibles comptabilise les paiements des autres transactions économiques non compris dans la balance commerciale, comme les paiements des intérêts et dividendes reçus et payés aux étrangers. La somme des balance commerciale et balance des invisibles donne la balance courante. La balance du capital comptabilise les transferts monétaires non reliés à une activité économique, comme le financement international. La somme de la balance courante et de la balance du capital donne la balance des paiements.

Depuis les années 1970, la balance des paiements canadienne s'est transformée énormément, surtout à cause du déficit des gouvernements fédéral et provinciaux et des autres organismes contrôlés par ces gouvernements, au Canada.

La balance des capitaux nous montre une augmentation phénoménale des nouvelles émissions d'obligations canadiennes achetées par des étrangers. De moins d'un milliard de dollars par année avant 1973, ces emprunts ont augmenté à plus de dix milliards de dollars annuellement à partir de 1981 et dépassé les 50 milliards de dollars en 1993. Avec la baisse du déficit fédéral, ils sont à la baisse depuis 1994. Ils seront bientôt un souvenir du passé, mais nous devront remettre ces emprunts!

Consécutivement à ces emprunts, nous avons dû payer des intérêts de plus en plus importants aux étrangers. Ceci apparaît à la balance des invisibles, au titre des paiements en intérêts. Ceux-ci sont passés du début des années 1970 de quelques milliards de dollars par année (le Canada a toujours emprunté du capital étranger depuis le début de la colonisation française) à plus de dix milliards de dollars en 1981 et à plus de trente-cinq milliards de dollars en 1995. Et cela continue d'augmenter, parce que même si le déficit diminue, la dette augmente toujours, elle!

De son côté, la balance commerciale a été plus ou moins positive excepté en 1975. Cette positivité est aidée par la baisse continuelle de la parité du dollar canadien, qui valait $1.08 US en 1976 avant de perdre de son lustre tout au long du règne de Trudeau et atteindre un minimum dans les soixante sous vers 1990.

La balance des paiements du Canada est donc restée assez équilibrée globalement durant cette période, mais sa structure a été profondément modifiée suite à l'endettement canadien, initié par la révolution tranquille et dirigé en maître par le gouvernement central depuis 1970. La conséquence est évidente: les énormes intérêts que le Canada doit payer depuis lors aux financiers étrangers.

Ce sont donc ces contraintes qui obligent maintenant nos gouvernements canadiens et québécois (et municipaux à cause du pelletage...) à diminuer les avantages sociaux nécessaires pour nos pauvres québécois et canadiens afin de pouvoir payer des intérêts aux riches étrangers de la planète. Et vogue la galère!

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Mis à jour le 20 juin 2000