On entend souvent parler du vieillissement de la population, que la population (baisse ou) baissera, que la part du Québec baisse dans la Confédération canadienne... Qu'en est-il?
Les démographes parlent de baisse de la fécondité, de natalité inférieure au taux de 2.1%, de pyramide d'âges qui s'amincit... Est-ce évident?
Si ce sont les femmes qui "produisent" les bébés, quel est le facteur qui pourrait nous guider pour comprendre les variations de la population? Et j'ai trouvé que les femmes donnent naissance à leur premier bébé en moyenne à 28 ans, selon Statistiques Canada.
Comme elle font 1.5 bébé en moyenne de nos jours, supposons donc que les femmes font leurs bébés vers trente ans, chiffre rond! C'est la théorie des bébés. Donc, plus il y aura de femmes de trente ans, plus il y aura de naissances! Voilà une hypothèse. Considérons maintenant la réalité pour voir si l'hypothèse tient.
Commençons par une analyse descriptive.
Selon la figure suivante, on voit un sommet des naissances vers 1957-1959, au-dessus de 140,000 naissances annuelles. Le minimum suivant se trouve en 1972-1974, légèrement au-dessus des 80,000. Après un sursaut de quelques années, un nouveau creux du même niveau se présente en 1987. S'en suit un nouveau sommet, du même niveau que le précédent, sous les cent mille naissances lui aussi, en 1990. Le tableau des naissances est accessible.

J'ai obtenu des données sur une plus longue période et elle ne font que confirmer l'évolution cyclique du nombre des naissances, c'est-à-dire de la production des bébés québécois.



Depuis ce dernier sommet, les naissances québécoises et canadiennes diminuent. Jusqu'à quand diminueront-elles et de combien? essayons de répondre avec ma théorie des bébés.
Quel a été le sommet des naissances canadiennes, à l'époque? C'est 1930, ou à peu près, données à vérifier.
Durant la grande dépression, les gens se sont retenu, n'ayant pas les moyens de faire vivre davantage d'enfants. Même les curés sont devenus condescendants. La fécondité québécoise, qui était supérieure à la fécondité canadienne avant la grande dépression, lui est devenus inférieure après, et pour toujours! Jamais les appels des curés, ni aucun autre moyen n'a pu restaurer notre domination dans ce domaine.
Le sommet des naissances de 1960 est donc dû au sommet des années 1920, précédant la crise. La chute des années 1960 répète celle des années 1930. Et elle se répète actuellement depuis 1990. Voilà, c'est si simple, l'économie. Les femmes font les bébés vers trente ans et, s'ils y a moins de femmes de trente ans, il y a moins de bébés, à fécondité et natalité et tous autres facteurs égaux!
On peut donc s'attendre à une baisse du nombre de bébés au Québec et au Canada pour une période de quelques années, soit trente ans après 1972, soit 2002 plus ou moins. Le prochain sommet se présentera vers 2020!
Par ailleurs, sachant que la fécondité a diminué, on peut prévoir un creux des naissances assez bas pour 2002, et un sommet ridicule vers 2020, toujours sous les 100,000 naissances québécoises et sous les 300,000 naissances canadiennes hors Québec.
Selon le tableau du ratio des naissances québécoises sur les naissances canadiennes hors Québec, en 1946, cette proportion était de plus de 50%. Elle est tombée récemment sous les trente pour cent, tendant vers le quart. C'est effrayant. En cinquante ans, notre part a diminué de presque la moitié. C'est donc dire que le phénomène se reproduira lorsque ces bébés auront trente ans et que nous n'aurons que la moitié des femmes de trente ans que nous aurions dû avoir. Le nombre de bébés sera donc de la moitié de ce que nous aurions dû avoir!. Qu'avons-nous fait? Ou que n'avons-nous pas fait?

J'observe donc deux creux, et un sommet entre les deux. Le premier creux commence par une chute rapide à partir de 1967, quand nous passons sous les 40% du reste du Canada. Le creux véritable est atteint en 1972-1973, avec 32%. Après un redressement, qui n'atteindra pas les 40%, une nouvelle chute commence en 1982 pour se stabiliser à 32% vers 1990, avant de nous amener à un nouveau plancher, à 29%, plancher que nous sommes en train de défoncer actuellement.
Les dates importantes sont donc 1967-1973 et 1982-1990. Ce sont des périodes d'incertitudes économiques et politiques, avec le FLQ, Bourassa et la crise d'octobre, le récession de 1982, encore Bourassa et la grande récession des années 1980. On remarque que les deux gouvernements libéraux de Bourassa ont couvert cette période. Est-ce que les politiques libérales sont pour quelques choses dans ces baisses des naissances? C'est une question que je lance. D'autant plus que le sommet qui les sépare, de 1975 à 1981, correspond au gouvernement Lévesque et au premier référendum, lesquels ont fait remonter le niveau des naissances du Québec comparativement au reste du Canada, ceux-ci ayant souffert autant que nous des diverses récessions de ces décennies.
J'ajoute une nouvelle dimension à cette étude en vous présentant les naissances américaines depuis 1909.
La première constatation est celle de l'ordre des grandeurs. Les américains ont plus de trente fois plus de naissances que le Québec et dix fois plus que le Canada. La deuxième constatation est que les naissances ont suivi la même tendance sur la période observée, c'est-à-dire de 1946 à 1970.
Ces deux constatations sont présentées dans les graphiques qui suivent: des millions de naissances annuelles et le "babyboom", avec deux arrêts dans le "boom", surtout la baisse avec la Deuxième Grande Guerre Mondiale et un petit arrêt avec la Guerre de Corée. Notons le retour des soldats et les naissances de 1947! La baisse de la décennie 1960 a dû être affectée par le Guerre du Viet Nam, mais les données s'arrêtent trop tôt pour que nous en soyons vraiment sûrs.

On voit bien dans ce prochain graphique que les tendances sont les mêmes, du moins pour les années présentées. Le Québec et le Canada semblent avoir une tendance plus favorable aux naissances dans le sommet du "babyboom", tendance que est renversée aux deux extrémités de la période étudiée. Notez que la population américaine est présentée ici en dizaines pour permettre un graphique valable. Aussi les années de comparaison sont réduites par la disponibilité actuelle des statistiques.

Le ratio ou pourcentage des naissances québécoises ou canadiennes sur les naissances américaines présente les mêmes tendances, avec un degré de finesse supplémentaire: nous voyons de légères fluctuations à court terme entre les trois populations. Cependant les tendances générales sont confirmées.

Le "babyboom" est un phénomène qui déborde les frontières québécoises et canadiennes. Il doit même exister en Europe et en Asie!
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Mis à jour le 31 août 2000