La fécondité

Les taux de la fécondité
La fécondité dans l'histoire québécoise
La fécondité récente
La distribution de la descendance finale
L'évolution de la fécondité
La structure de la fécondité québécoise
Les perspectives démographiques
L'éventuelle baisse de la population québécoise
Que faire?

Les taux de la fécondité

Le taux de fécondité
L'indice synthétique de fécondité
La descendance finale

Le taux de la fécondité est plus intéressant que le taux de natalité.  Pour bien comprendre la fécondité, il faut distinguer quelques indices qui la mesure.

Le taux de la fécondité qui représente la régénération d'une population, à très long terme, pour un accroissement naturel nul, est de 2.1, selon les démographes; cela signifie que chaque femme, en moyenne, devrait enfanter 2.1 enfants durant sa vie pour stabiliser la population.

Dans Naitre ou ne pas être, Jacques Henripin a calculé les effets d'un taux de la fécondité inférieur à 2 sur la réduction de la population.  Son hypothèse comprend une espérance de vie de 70 ans.
 

Le tableau des effets de la fécondité sur la population totale
Fécondité Taux annuel Population après 50 ans Population après 100 ans
2.2 +0.2 + 8% +15%
2.0 -0.2 -  8% -15%
1.8 -0.6 -24% -42%
1.6 -1.0 -39% -63%
1.4 -1.5 -52% -77%
1.2 -2.0 -64% -87%
1.0 -2.7 -75% -94%

Considérant que notre fécondité se tient autour du 1.5% depuis quelques années, on peut penser que la population québécoise se mettra tôt ou tard à diminuer, et que cette tendance est irréversible.

Le taux de fécondité
C'est le plus utilisé des taux de la fécondité.  Il faut le considérer par groupe d'âge, distinguant ainsi les jeunes filles des femmes d'âge moyen et des femmes plus âgées, mais encore capables d'enfanter.
 
   Le nombre des naissances vivantes
   ------------------------------------------- x 1000
   Le nombre de femmes en âge de procréer 

Le taux de fécondité légitime est une variante légaliste et moralisatrice du précédent.
 

                                             Le nombre des enfants légitimes nés
Le taux de fécondité légitime = --------------------------------------
                                              Le nombre de femmes mariées
L'indice synthétique de fécondité
L'indice synthétique de fécondité, aussi appelé la fécondité du moment, est un calcul plus complexe qui implique toutes les femmes et toutes les naissances sur une période donnée;  il permet d'établir combien d'enfants naîtront, en moyenne, pour chaque femme de une telle génération, ou pour une telle année.  C'est la somme pondérée des taux de fécondité pour chaque groupe d'âge des femmes en âge de procréer.
 
L'indice synthétique de fécondité  =  La somme des taux de fécondité pour toutes les femmes 

Un indice implicite de fécondité masculin suivrait les mêmes processus, si la paternité pouvait se calculer aussi précisément!

Lorsque la fécondité baisse rapidement, on parlera de dénatalité alors que si la fécondité se maintient, on parlera de sous-fécondité.  La première peut être temporaire, la seconde implique de graves effets à long terme.

La descendance finale
La descendance finale d'une génération calcule plus précisément combien d'enfants les femmes nées à telle époque ou telle année ont engendrés.  Cette mesure ne s'évalue que lorsque les femmes visées ont terminé leur période de fécondité, ou vont bientôt la terminer.
 
                                                              Le nombre de naissances dues
La descendance finale d'une génération  =  -------------------------------------------------
                                                                   Le nombre de femmes d'une génération ou année

Comme la descendance finale n'est connue qu'après que les femmes visées aient dépassé quarante ans, les informations arrivent trop tard pour corriger le cours des choses.  Aussi, on se sert d'un indice au mitan de la période reproductive, c'est-à-dire à 28 ans.

Les informations de la descendance finale ne concordent pas toujours avec celles de l'indice synthétique de fécondité.  Cette dernière est influencé par des facteur à court terme, alors que la descendance finale indique réellement combien les femmes nées telle année ont eu d'enfants.

La figure précédente présente l'indice synthétique de fécondité et la descendance finale du Québec dans les années 1930-1982.  Les phénomènes de guerre et de prospérité économique ont fait augmenter l'indice synthétique de fécondité du Québec dans les années 1940-1960 beaucoup plus que la descendance finale ne l'indique.  Le "baby boom" est un phénomène très circonstanciel!

La fécondité récente

Les naissance du Québec diminuant à 79,720 bébés en 1997, l'indice de fécondité est tombé sous la barre des 1.5.  Il devrait continuer à fléchir jusqu'à 1.4, après avoir atteint 1.6 au milieu de la précédente décennie.  Par contre, Terre-Neuve devient la championne de la basse fécondité, prenant ainsi la place traditionnelle du Québec.

Cette fécondité n'est pas celle des conceptions.  En effet, selon François Berger, dans La Presse du 30 janvier 1999, il y a eu 37 avortements pour 100 naissances vivantes au Québec en 1997, soit 30,000 avortements officiels.  Le taux américain serait semblable, contre 23 en France, 16 en Allemagne, 11 aux Pays-Bas, 51 en République tchèque et 73 en Hongrie.  En Russie, il est même de 179 pour 100 naissances et de 130 en Bulgarie.

Dans le merveilleux livre de Georges Mathews, Le Choc démographique, publié en 1984 chez Boréal Express, je retrouve une comparaison de la fécondité chez les pays de l'OCDE.
 

Le tableau des indices synthétiques de fécondité 
en Occident de 1950 à 1982
Pays 1950 1960 1970 1982
Québec 3.70 3.76 2.08 1.52
Canada 3.46 3.90 2.33 1.68
États-Unis 3.03 3.65 2.48 1.89
France 2.93 2.73 2.47 1.94
RFA 2.10 2.37 2.01 1.42
Angleterre 2.19 2.68 2.44 1.81
Italie 2.49 2.37 2.37 1.57
Belgique 2.34 2.56 2.24 1.65
Pays-Bas 3.09 3.11 2.58 1.49
Danemark 2.58 2.54 1.95 1.42
Norvège 2.52 2.85 2.51 1.71
Suède 2.31 2.17 1.92 1.62
Moyenne 2.73 2.83 2.29 1.64

La distribution de la descendance finale

Je prends toujours dans l'oeuvre immense de Jacques Henripin la distribution de la descendance des québécoises depuis que les recensements nous permettent de le calculer précisément.  On voit comment s'est produite cette réduction de la fécondité.

On remarque qu'il y a même plus de femmes qui ont eu des enfants (au moins un) dans les années 1931 et 1941 qu,avant et qu'aprèes ces dates.  Par ailleurs, les femmes ayant cinq enfonts ou plus sont une infime minorité, alors qu'il y en a deplus en lus qui ont un ou deux enfants.  La famille de trois enfants a été populaire dans les années 1931 et 1941, mais elle semble perdre de sa popularité en favur de l'enfant unique.  Nous en somme rendu à deux parents et plus par enfant, et non deux enfants et plus par parent comme au siècle dernier!
 

Le tableau de la distribution des femmes québécoises 
selon le nombre de leurs enfants depuis 1880
Génération 1880-1896 1901-1906 1911-1916 1931-1936 1941-1946
1956-1961
Aucun
24.9
28.7
26.2
16
19
26
1
7.1
9.9
10.9
9
15
20
2
8.7
11.2
14.3
20
35
36
3
8.2
9.2
11.7
20
20
14
4
7.1
7.5
8.9
14
7
4
5
6.5
6.1
6.8
9
2
-
6 et +
37.5
27.4
21.2
12
2
-
Moyenne
4.8
3.8
3.3
3.0
2.0
1.5

L'évolution de la fécondité

Commençons par des comparaisons internationales.

En 1980, le taux de fécondité était faible partout dans les pays industriels:

La moyenne canadienne était de 1.75, soit dans la moyenne des pays riches. Les Soviétiques font exception avec 2.26, mais attention à l'effet Gorbachev.

La fécondité québécoise, avec 1.7, était proche de la moyenne canadienne (1.75), supérieure à celle de l'Ontario (1.66) et inférieure à celle de la Colombie-britannique (1.73). La championne est la Saskatchewan (2.14) et l'Ontario (1.66) ferme la marche.

La fécondité canadienne est passée de 3.5 à 2.6 entre les deux guerres. Après la deuxième guerre, le taux de fécondité s'est accru jusqu'à un sommet de près de 4,0 peu avant 1960. Depuis, c'est la chute libre, ralentie dans les années 1970, mais repartie ensuite pour atteindre le plancher des 1.66 ces dernières années. La fécondité québécoise avait toujours eu une solide réputation. Elle en prend pour son rhume. Supérieure à 3 jusqu'en 1965, elle a dégringolé sous les 1.5 depuis 1983, sans remonter sinon dans les estimations! De vingt pour-cent supérieure à la moyenne canadienne, elle est maintenant de dix pour-cent inférieure.

Selon la fécondité par groupes d'âge, de 1960 à 1985, la chute a été brutale pour les femmes de plus de 35 ans. En effet, pour les 35-39 ans, la fécondité a baissé de 102.8 (1960) à 18.1 (1985); celle des 40-44 ans, de 38.2 à 2.9 et celle des 45-49 ans, de 3.8 à 0.2. Les familles nombreuses sont choses du passé et même le cadeau de vieillesse est interdit par la ligature. Mais est-ce un mal?

Dans le centre de la distribution, le groupe des 25-29 ans ne font pas beaucoup plus d'enfants, en 1985, que les femmes de 35-39, en 1960! C'est quand même le groupe où la baisse relative est la moins forte, le taux actuel (116.4) étant plus de la moitié de celui de 1960 (226).

Où est donc le problème? Au troisième enfant, au deuxième ou au premier? Il est sûr que pour avoir le troisième, il faut enfanter d'abord le premier! En 1960, 63% des femmes avaient un troisième enfant vers 29 ans. En 1985, 64% ont leur premier enfant vers 26 ans. Les marches sont hautes!

Pourtant, selon un sondage Sorecom pour le Secrétariat à la famille, 39% des gens désirent deux enfants, 37% trois et 18% quatre et plus. Pourquoi ces volontés ne se réalisent-elles pas? En réalité, seulement 27% ont deux enfants, 10% trois et 3% quatre et plus; n'oublions pas que 29% des femmes n'en ont qu'un et 31% n'en ont aucun. Est-ce que les couples en union libre, si favorisés par l'impôt, dont 64% n'ont aucun enfant influencent autant les statistiques? Ou est-ce les familles mono-parentales, dont 61% pour les pères et 59% pour les mères, n'ont qu'un enfant? Pourtant, ces familles ne sont pas bâties sur des couples!

Jacques Henripin identifie quatre causes de cette baisse:

  1. la satisfaction ou intérêts concurrents, comme les vacances, les voyages, l'automobile, les sorties et les sports coûteux;
  2. l'incertitude économique, à cause du manque d'emplois, le chômage, les forteresses syndicales...
  3. Le grassage conjugal, considérant que les enfants nés en 1980 ont vu 8% de leurs parents se séparer avant leur sixème anniversaire si les parents étaient mariés avant leur naissance, 17% s'ils se sont mariés en cours de route, 25% s'ils vivaient en union libre avant leur mariage ou 37% sans mariage aucun;
  4. l'emprise d'une éthique du court terme, comme les vidéo-clips dont les images sont pulvérisées.
Personnellement, j'en ajoute quelques-unes, sans être exaustif.
  1. L'avortement:  sans avortement reconnu, il y aurait plus de naissances;  est-ce que ce serait préférable, c'est une autre question;
  2. La désaffection religieuse:  sans sermon hebdomadaire, le message conservateur de l'Église catholique ne se rend plus chez les jeunes;
  3. Le féminisme:  la femme est plus consciente de son corps et de ses droits;
  4. Le niveau de vie:  le nombre d'enfants diminue dans toutes les sociétés qui s'enrichissennt;
  5. La pilule:  la contraception a toujours existé, mais la pilule en a facilité l'application;
  6. l'urbanisation:  dans les sociétés rurales et agricoles, les enfants produisent et sont une bénédiction;  en ville, c'est un coût grandissant.

La structure de la fécondité québécoise

Je prends aussi dans Mathews (source première du BSQ) les taux de fécondité par groupe d'âge depuis quelques décennies, au Québec.  On remarque certains hausses temporaires pour certains groupes d'âge, comme les 20-29 ans avant 1961, mais la tendance générale est la baisse pour tous les groupes d'âge.
 
Le tableau des taux de fécondité 
selon les groupes d'âge au Québec de 1941 à 1981
Année 15-19 20-24 25-29 30-34 35-39 40-44 45-49
1941 21.9 140.5 193.7 160.5 116.6 51.6 6.6
1951 29.8 179.5 221.6 173.7 115.6 45.1 4.8
1956 33.0 197.5 232.2 171.9 115.0 42.5 4.3
1961 32.1 202.6 221.1 159.0 98.2 38.0 38.
1966 26.1 154.2 165.5 108.4 64.0 22.8 2.8
1971 21.0 113.0 134.8 79.6 36.8 11.1 0.8
1976 21.1 102.0 139.4 71.1 22.6 4.5 0.3
1981 15.1 88.3 131.7 68.1 18.1 2.8 0.1

Aujourd'hui, les 25-29 ans, au sommet de la pyramide, font moins de bébés que leurs mères à 20-24 ans ou même 35-39 ans.

Un autre tableau du même auteur vient confirmer tous les pronostics.  Il s'agit de mettre en rapport les taux de fécondité du moment, tels que calculés par l'indice synthétique de fécondité, et la descendance finale, réelle ou attendue.
 

Le tableau de la fécondité au Québec
Année La fécondité
du moment
La descendance 
finale
1941 3.46 3.16
1951 3.85 3.59
1961 3.77 3.05
1971 1.99 2.05
1981 1.62 1.80
1991 1.62 1.64

S'il y a discordance temporaire entre les deux variables, elles s'accordent sur la tendance séculaire:  la fécondité diminue.

Les perspectives démographiques

Statistiques Canada a présenté des perspectives démographiques en 1984.  On pourra les vérifier très bientôt.
 
Les perspectives démographiques pour le Canada
la population en milliers
Années Québec Canada
1981 6438 24342
1991 3787 26764
2001 3936 28508
2006 6931 29062
Augmentation 
de 1981à2006
7.7% 19.4%

Dans le reste du Canada (ROC) ou Canada hors Québec, c'est l'Ouest qui devait croître le plus rapidement avec 32%;  à l'Ontario, on accordait une croissance moyenne de 19% et seulement de 12% aux Maritimes, tout de même plus qu'au pauvre Québec.

L'éventuelle baisse de la population québécoise

La conséquence ultime de la baisse de la fécondité est la baisse de la population.  Henripin cite dans Naitre ou ne pas être les projections du BSQ, pour le prochain siècle, de la population québécoise selon quatre hypothèses de fécondité.

Si la fécondité se maintient au taux actuel, la population du Québec devrait diminuer de plus de la moitié d'ici un siècle.  Reste la solution de l'immigration.
 

Le tableau de la baisse de la population québécoise 
selon la * descendance (en milliers)
Année 1.2* 1.4* 1.8* 2.1*
1986 6754 6754 6754 6754
2000 6953 7065 7198 7626
2010 6844 7044 7351 7960
2020 6520 6821 7317 8288
2030 5933 6346 7082 8414
2040 5157 4673 6663 8360
2050 4301 4920 6170 8328
2060 3520 4225 5742 8321
2070 2867 3634 5392 8366
2086 2050 2843 4881 8423

Que faire?

Dans son livre Le Choc démographique, Georges Mathews présente cinq attitudes devant la chute de la fécondité.  Il en fait d'ailleurs la structure de son livre.
  1. Ce n'est pas important, ça s'arrangera tout seul;
  2. C'est une chute temporaire et cyclique;  Easterlin est le père de cette pensée;
  3. C'est une situation durable, mais elle est avantageuse;  le groupe Zero Population Growth  (ZPG) est de ce nombre;
  4. C'est durable, mais on n'y peut rien;
  5. C'est durable et désavantageux;  il faut essayer de redresser la situation;  les démographes français sont de cet avis.
Qu'en pensez-vous?

Lui propose, en 1984, deux gestes politiques.

  1. D'augmenter les allocations familiales pour le troisième enfant (plus d'un milliard de dollars par année pour le Québec);
  2. Un système national de congés parentaux (environ $400 millions par année).
Ces gestes ont été posés, et d'autres dans le même sens.  Est-ce que les naissances ont augmenté, ou arrêté de diminuer?  Est-ce que ces mesures ont eu des effets?  Est-ce que d'autres mesures semblables auraient des effets?
 
Deux questions de vie et de survie nationale
Qu'en pensez-vous?
Que faire?

Retour au début de la page
Retour au début du texte sur la démographie
Retour au début du chapitre
Retour au cours d'agents économique
Retour aux cours d'économie
Retour à mon site

Mis à jour le 24 octobre 1999  par BG